L'Arbre de feu (2)

Vol Paris-Rio

En véridique

témoin

oculaire

je traverse

en ce jour

la mer

atlantique

pour voir ce qu'amitié

m'indique

d'une réalité

diverse

ni plus, ni moins

c'est par les yeux

des Brésiliens

et non les miens

que je veux

à mon tour

découvrir l'Amérique.

 

Aéroport de Rio

A l'heure matinale

de l'escale

les préposées à l'entretien

s'en vont deux par deux

dans les halls

déserts

couverts de marbres précieux

l'une tient

le seau d'eau savonneuse

l'autre la serpillière

à Charles De Gaulle

hier

une seule balayeuse

aux mains

expertes

d'un jeune Marocain

consciencieux

en salopette

couleur poussière

ici, des commères

joyeuses

de porter à la maison

le salaire

d'une humble fonction

nécessaire

là, une machine célibataire

et des chômeuses.

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Olinda I

Un cheval

blond

paît

au portail

lourd

d'une église

coloniale

un oiseau bleu

de paradis

butine au feu

vermeil

des fleurs

d'hibiscus.

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Olinda II

Sous le pâle

et frais

badigeon

de chaux

aux teintes

pastel

de São Bento

de la Sé

du marché

aux esclaves

suinte

bientôt

de la poubelle

de l'Histoire

tel

un remords

assez

grave

la lèpre noire

équatoriale.

Olinda III

Il a les cheveux

blonds et crépus

telle une auréole

les yeux bleus

créoles

le nez camus

d'un magot

les lèvres

fines d'hidalgo

le teint cuivré

d'un cacique

il a la beauté

triste

des tropiques

ses ancêtres

sont les esclaves

nègres

et indiens

et les maîtres

portugais

et bataves

il est ni noir

ni blanc

et tous les deux ensemble

il ne ressemble

à personne

il est lui

il est homme

il est espoir

qui luit

dans la nuit

de l'Histoire

le tout et le rien

du métisse

il est vie

il est

Brésilien.

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Olinda IV

Vent d'Est

vent des averses fécondes

et des funestes

orages

vent des nuées brunes

et des trombes fatales

vent des larges

horizons

qui soulève en rafales

le sable sec en dunes

blondes

et lissées

doux vent alizé

vent des embruns salés

qui courbe en spirale

le tronc

élancé

des coqueiros

vent de la servitude

et de l'arrogante attitude

des colons

vent de la mansuétude

des hérauts

méconnus

de la foi

vent des droits

de l'homme et du citoyen

vent de la liberté en chemin

vent solidaire

vent des hommes droits

et sincères

en ce qui reste

du second millénaire

vent d'Est

ramèneras-tu

de l'exil

qui tue

l'âme

ses racines de flammes

au Brésil ?

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Olinda V

Dans la cour ombragée

qu'une fontaine

arrose

sous les persiennes

mi closes

d'une école de guitare

tu me racontes ton histoire

triste et rude

de solitude

et d'échec partagé.

Mais alors

que tu me montres

les ronces du chemin

fleurissent dans tes mains

blessées

des roses

à peine écloses

et dans tes yeux

baissés

je lis l'espoir

des renaissances

je vois briller l'incandescence

du fil d'or

cent fois rompu

cent fois noué

qui tisse depuis l'enfance

ton destin

et fait de toi : René

le bien nommé.

Malgré les souffrances

inhumaines

les coups du sort

et l'apparence

vaine

d'abandon

et de mort

je te vois

sans rancœur

ouvrir ton cœur

au pardon

tu t'évertues

à secourir les gens

de petite vertu

que tu comprends

et dont tu prends

sur toi

le fardeau écrasant.

N'es-tu

donc pas de ces derniers

de l'Evangile

qui seront les premiers

à entrer

justifiés

au paradis

parce qu'un cœur magnanime

les anime

et qu'ils raniment

la foi

débile

des esprits

abattus ?

L'arbre de feu 3