Michel Pochet

LA REDEMPTION DU SEXE

PREDESTINATION AU BONHEUR

Georges me confie simplement: "Anne attend un enfant. Nous n'avons pas encore les résultats de l'analyse, mais nous en sommes certains: pendant que nous faisions l'amour, nous le savions." J'exulte pour cet enfant qui a, selon moi, une étoile qui brille sur le front. Mon ami est content, mais surpris par ma remarque.

Pourtant si notre bon père Freud avait raison, et que tant de mal découle d'un environnement prénatal négatif, je déduis qu'un environnement prénatal positif provoque nécessairement un bien de grandeur égale et de sens opposé.

Tant d'enfants sont conçus dans la violence, l'indifférence, l'inconscience, le mépris; tant sont conçus malgré toutes les précautions prises pour éviter un tel inconvénient; tant sont refusés, ne naîtront pas, et finiront dans les poubelles aseptisées des nouveaux faiseurs d'anges conventionnés; tant sont tolérés de mauvais gré, et doivent leur triste naissance à un ultime scrupule moral, à un reste de religiosité, à la peur du qu'en- dira-t-on, et sont ressentis par la mère comme un intrus, un hôte abusif de leur ventre; sans parler de ceux qui 'obligent' leurs trop jeunes géniteurs à un mariage hâtif, peut-être mal assorti et sans avenir.

Il est miraculeux, presque incroyable, qu'un enfant soit désiré, attendu, avec tant de conscience, tant de connaissance de la sexualité, qu'au moment où les amants se perdent dans l'orgasme, ils gardent assez de lucidité pour 'savoir' qu'ils ne sont plus deux, mais qu'un troisième est là, par eux appelé à la vie.

L'enfant d'un tel amour n'est-il pas prédestiné au bonheur, comme les petits princes et les petites princesses des contes sur qui se penchent les bonnes fées? Une étoile ne lui brille-t-elle pas au front?

QUI FERA ENCORE DES ENFANTS?

Je comprends que la fécondité n'est pas en soi une vertu, que la famille nombreuse ne vaut pas par elle-même, que le contrôle et la limitation des naissances peuvent être dans certains pays une nécessité morale (même si sur les méthodes, il y aurait beaucoup à dire), mais j'aimerais, en tout état de cause, que chaque enfant ait été désiré, voulu, conçu dans un choix réfléchi et responsable, conscient de ce que représente une famille heureuse pour le développement harmonieux d'une personnalité. Vingt ou vingt-cinq ans de bonheur familial ne sont-ils pas nécessaires pour réaliser un véritable adulte?

Quand un chiot vient de naître, il est déjà un 'chien', qui doit encore grandir, mais auquel rien ne manque pour faire partie de l'espèce. Son pedigree le définit avec précision. Ce n'est pas le cas pour l'espèce humaine. Les enfants des hommes ont besoin d'une humanisation qui ne vient pas de soi, par le simple jeu des potentialités héréditaires inscrites dans leur capital génétique. Les enfants abandonnés et adoptés par des animaux, ceux que l'on nomme des enfants-loups, ne deviennent jamais Tarzan ni Mowgli, et n'ont qu'exceptionnellement la chance de l'Enfant sauvage de trouver, avant qu'il ne soit définitivement trop tard, un éducateur inspiré pour les faire sortir de l'animalité. Ils ne deviennent pas des 'hommes', au moins au sens psychologique et social du terme. Il faut au petit d'homme un long et complexe processus qui se déploie dans la matrice familiale, jusqu'à ce qu'il puisse effectivement être considéré et se sentir un être humain adulte. Devenir un homme n'est pas automatique. C'est notre grand privilège, puisqu'ainsi, pour former notre personnalité, nous disposons d'un héritage infiniment plus riche et plus prometteur que la simple hérédité génétique, mais cela implique vis-à-vis de nos petits, une lourde responsabilité qui, parmi tous les vivants, incombe à notre seule espèce.

Qui peut garantir vingt-cinq ans de fidélité à la mère ou au père de ses enfants? Trente, si le couple en fait plusieurs. La durée moyenne des couples qui se forment aujourd'hui est largement en dessous de ce chiffre. Et parmi les couples qui ne se défont pas, combien sont vraiment heureux de rester ensemble?

S'il faut la garantie morale d'assurer à sa progéniture vingt- cinq ans de bonheur familial, avant de procréer, qui fera encore des enfants? - me demandera-t-on -, d'ailleurs - ajouteront d'autres - ne faut-il pas une forte dose d'inconscience pour mettre des enfants à un monde pollué, menacé de destruction? Croyant les appeler à la vie, ne les appelle-t-on pas à la mort ou pire à la survie? Nous ne pouvons pas être certains que le monde que connaîtraient nos éventuels enfants ne serait pas irrespirable pour les bronches ou pour le cerveau, politiquement ou culturellement totalitaire, voué aux fanatismes religieux ou racistes. Avons-nous encore le droit de faire des enfants qui nous reprocheraient de les avoir condamnés à survivre à l'apocalypse?

Je connais des jeunes gens qui pensent ainsi. Je les respecte profondément, car leur questionnement est grave, et leur pessimisme intelligent m'est plus proche que tel natalisme béat.

LE NOUVEAU ROMANTISME

Pour qu'un jeune homme et une jeune fille constituent un couple prêt à prendre ses responsabilités, la qualité de leur amour doit être au-dessus de la moyenne. L'attirance physique est nécessaire, mais pas suffisante; une unité de pensée, de goûts, de projets, de style de vie est nécessaire, mais pas suffisante; l'estime réciproque, la capacité de pardonner sont indispensables, mais ne font pas encore un véritable couple.

Il existe des femmes et des hommes en quelque sorte 'faits' pour se retrouver, et pour être heureux ensemble. Mais je crois qu'ils ne se 'trouvent' que s'ils ne se 'cherchent' pas et si chacun d'eux essaie d'être fidèle à lui-même, à tout lui-même, fidèle aussi à la dimension spirituelle de sa personnalité.

Il faudra bien qu'un jour j'écrive les multiples histoires d'amour dont j'ai été le témoin privilégié, et qui me permettent d'affirmer avec force que le romantisme n'est pas mort, et que chacun peut, s'il s'en donne les moyens, rencontrer sa chacune.

En attendant d'avoir trouvé l'âme sœur, je sais des jeunes gens qui sont par avance fidèles à leur futur conjoint, qu'ils ne connaissent pas encore, mais à qui ils veulent pouvoir un jour faire le cadeau de leur premier véritable amour adulte.

Les amitiés de l'adolescence (celles qui restent pour la vie), peuvent être vécues avec simplicité et dans un amour limpide et chaste, car on 'sait' qu'un jour, immanquablement, l'on rencontrera la personne juste avec qui se constituera un couple définitif.

AMITIE

L'amitié est la relation humaine par excellence, celle vers laquelle tendent les autres. L'amitié est gratuite, sans recherche utilitaire ou intéressée. L'amitié passe des épreuves, elle donne des preuves de sa réalité. Souvent nous nous croyons désintéressés, et lorsque l'autre ne répond pas à cette gratuité, nous sommes déçus et nous lui retirons notre estime. Nous prétendons que l'autre fasse un pas vers nous. Démonstration par l'absurde que notre amitié n'était pas gratuite.

La jalousie est le pire ennemi de l'amitié. Les amis de nos amis sont-ils vraiment nos amis? Sinon c'est que notre amitié n'était pas chaste.

L'amitié veut le bien de l'autre, pas ce que nous envisageons comme le bien de l'autre, mais ce qu'il sent comme son bien, et mieux encore son bien objectif. Tant que nous avons un quelconque projet sur l'autre pour son bien, c'est encore notre amour propre qui s'exprime et non l'amitié véritable.

Jésus a donné la mesure ultime de l'amitié: 'Il n'y a pas de meilleure preuve d'amitié que de donner la vie pour ses amis.' Il résume tout son enseignement dans un seul commandement qu'il revendique comme sien, et qui en effet est original puisqu'il commande de s'aimer réciproquement. A la rigueur aurait-il pu le recommander, mais qui peut donner l'ordre de s'aimer quand l'amour est la seule chose qui ne vient pas sur commande, et surtout pas l'amour 'réciproque'? Peut-être justement celui qui a donné sa vie pour ses amis, le seul qui ait pu la donner à cent pour cent parce qu'il se possédait à cent pour cent, n'étant l'otage affectif de personne.

L'amitié que Jésus nous commande est du même type que la sienne à notre égard, véritablement gratuite, sans trace d'intérêt, sans attachement, sans prétention à la réciprocité, car aimer suppose d'aimer en premier.

L'amitié, au sens fort de la parole, est une aide à avancer vers ce qu'il y a de plus vrai et de plus profond en nous, ou bien elle n'est pas elle-même. Telle relation est-elle une impulsion vers le meilleur de nous-mêmes? Elle vaut qu'on s'y investisse, sinon à quoi bon? Ainsi des relations avec l'autre sexe, si elles ne mènent à rien, valent-elles la peine de s'y arrêter?

L'amitié se construit avec le temps et implique un grand investissement, souvent gaspillé parce qu'il restait un manque de lucidité.

Thomas venait de voir de longues fiançailles rompues à quelques jours du mariage parce qu'à la dernière minute sa fiancée, qu'il aimait beaucoup et dont il était beaucoup aimé, avait renoncé à partager ce qui faisait le sens même de sa vie et sa conception du couple. Ils s'étaient séparés d'un commun accord, bien que la maison fût achetée, le banquet commandé, les invitations lancées, malgré l'incompréhension que leur geste causerait immanquablement dans leur entourage. Mais dans leur chagrin, ils étaient heureux de ne pas s'être engagés dans une vie commune dont ils venaient de découvrir qu'elle n'aurait pas été possible.

Thomas me confia qu'il était dans la paix, car tous deux n'avaient rien à regretter, rien à se reprocher, rien à oublier. Leur relation avait été telle qu'elle pouvait se poursuivre, malgré la rupture des fiançailles, comme une splendide amitié de jeunesse. Ils resteraient amis toute leur vie, sans amertume et sans avoir à rougir d'eux-mêmes. Le jour pourrait venir où l'un ayant reconstruit un couple, l'autre deviendrait naturellement l'ami du couple, parce que rien de leur passé ne prêterait à ambiguïté ou à jalousie.

Quel dommage que tant d'investissement affectif soit souvent irrémédiablement perdu parce qu'une relation physique trop intime qui ne débouche pas sur un mariage, doit être oubliée, détruite, pour faire place nette à la nouvelle relation, sous peine de mécontenter gravement la nouvelle personne qui a accès à cette intimité. Les jeunes gens qui font précocement l'amour, ne se rendent pas compte qu'il existe une mémoire des corps qui les liera pour toujours.

L'amitié récuse toute catégorie définie et définitive. Le père prétend être père, et donc ne sera jamais ni le frère, ni l'enfant de son enfant. Il ne lui viendra même pas à l'esprit que parfois son fils aurait besoin de trouver en lui une mère un frère ou une sœur. Les rôles sont partagés, et gare à qui s'en éloigne! Mais lorsqu'un père a les attentions d'une mère, quel fils n'en serait ému? Quand une mère a la fermeté d'un père, quel enfant lui résisterait? Quand des parents ont la gaîté, la franchise, la simplicité d'un frère ou d'une sœur, quel enfant leur refuserait sa confiance? L'amitié permet d'être tour à tour frère, sœur, père, mère, enfant de quiconque.

L'amitié bannit la crainte. Elle aime n'importe qui de tout son cœur, de toutes ses forces, et de tout son esprit et elle le peut parce qu'elle est vierge, qu'elle est chaste. Le cœur humain a besoin de pouvoir aimer tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants. Si on le prive de cette amitié, on rétrécit sa personnalité. Elle ne se développe pas harmonieusement, et cela ressortira tôt ou tard sous forme de frustrations et de déviations plus ou moins graves.

A un moment de son évolution, un adolescent peut aimer sa mère parce qu'il découvre en elle la féminité, et il apprend grâce à elle à se comporter non plus en enfant mais en jeune homme. De même la jeune fille est-elle très sensible à la virilité de son père, qui l'appelle à devenir femme et à se comporter comme telle. Il dépend de la mère et du père de maintenir ces sentiments et ces expériences dans le cadre d'une amitié chaste et constructive.

Il n'est pas anormal qu'un frère soit amoureux de sa sœur - si l'on peut dire - ou inversement. Bloquer leur amitié fraternelle aboutirait à la destruction de leurs personnalités, parce qu'ils n'auraient pas été en mesure d'aimer. Il est au contraire urgent de les aider à élargir leur cœur à l'amitié pour d'autres pour qu'elle ne se confine pas dans une relation qui alors deviendrait malsaine et périlleuse.

L'éveil affectif est interprété trop souvent soit comme une tentation qu'il faut réprimer à tout prix, soit comme une nécessité telle que n'importe quel dérèglement est licite et même souhaitable. Certes, vaut-il mieux risquer d'être un peu limité, un peu frustré, parce que nous avons dû nous interdire une expérience en soi peut-être bonne mais qui se révélait pour nous destructrice pour je ne sais quelle raison psychologique, médicale ou sociale. Si nous assumons résolument de telles déconvenues, non seulement notre personnalité n'en pâtira pas, mais elle s'en trouvera renforcée dans le secteur de la volonté. Nous aurons grandi en quelque chose, pas en tout. Mais pourquoi ne pas aspirer à un épanouissement général, puisqu'il est possible?

GENITALITE

Il existe une différence réduite mais substantielle entre l'amitié dont je parle et la relation à l'intérieur d'un couple stable que j'appellerai 'amour', même si cela ne réduit pas totalement le risque d'ambiguïté. Elle demande de faire une distinction nette entre sexualité et génitalité. Toute notre personne est marquée jusque dans ses moindres cellules et ses moindres pensées et sentiments par notre sexe. Nous sommes homme ou femme dans tout ce que nous désirons, pensons, voulons, et faisons. Le nier est non seulement inutile mais dangereux. Toutes nos amitiés (et éventuellement nos inimitiés), ont en fait toujours une composante sexuelle, mais pas forcément génitale, c'est-à-dire liée à nos organes génitaux. La confusion entre les notions de génitalité et de sexualité amène à des pratiques typiquement génitales (érotiques), sans aucune nécessité, car l'amitié qui est en jeu a d'innombrables façons de s'exprimer et de se vérifier, où le corps peut trouver sa part, mais sans pour autant entraîner une rencontre des corps.

L'amour d'un couple stable comporte la relation érotique comme son expression caractéristique. Cette relation est exclusive. Si en vertu de sa virginité, l'amitié peut, et doit, tendre à l'universalité, en vertu de sa dimension génitale, l'amour tend à l'absolu d'une relation exclusive qui fonde le couple stable. L'ouverture à tous du cœur et de l'esprit exige la fermeture à tous de l'intimité du corps. L'accès à cette intimité impose qu'il soit réservé à une seule personne, sous peine d'une confusion qui en réduirait à néant les caractéristiques propres.

Notre société a simplifié d'une façon abusive en assimilant l'amour à la sexualité, et la sexualité à la génitalité. On dit que bien faire l'amour fait du bien à l'amour, mais faire l'amour n'est pas le seul moyen d'aimer. Faire l'amour n'est pas la seule preuve de l'amour. Sans amour, faire l'amour c'est tuer l'amour.

DE QUI DONC EST MON ENFANT?

Neuf mois sont un minimum pour que les parents se préparent à accueillir, en quelque sorte à 'adopter', leur enfant. La chose est facilitée pour la mère, qui porte l'enfant et ne fait qu'un avec lui pendant toute la grossesse. Le père semble défavorisé, car cela se passe sans lui, à son insu, et il lui arrive de sentir dans l'enfant un rival.

La mère est 'enceinte', fortifiée, protégée contre l'extérieur. Retranchée dans sa tour d'ivoire, elle défend jalousement son enfant envers et contre tous, et avant tout contre le premier de tous: le père. Certes pour le lui remettre sain et sauf, dans quelques mois, mais en attendant: pas touche!

Certaines 'nouvelles mères' se montrent pourtant capables de faire participer de très près leur époux aux étapes de la maternité, trouvant avec une infinie délicatesse le moyen de rapprocher le père de l'enfant qu'il sentira plus sien, évitant ainsi pour une part les sentiments de jalousie et de marginalisation. Rien n'est peut-être plus attendrissant que de voir de tels couples porter ensemble leur enfant et le mettre au monde avec tant de joie.

Chris m'expliquait qu'il avait passé près de sa femme les heures de travail dans un sentiment extrême d'inutilité, d'impuissance devant ce qu'elle souffrait pour accoucher. Il s'était senti un peu dans les mêmes dispositions de cœur et d'esprit que Marie au pied de la croix, assistant, impuissante, à l'agonie et à la mort de son fils. Il me parlait de la contemplation douloureuse du mystère de la naissance de son propre enfant qui torturait Jos, sa femme, sans que lui ne puisse rien faire d'autre que d'assister, muet et immobile, à cette agonie et à cette naissance. Il me confiait que jamais comme cette nuit, passée près de sa femme, il ne s'était senti aussi seul, aussi malheureux, aussi honteux d'être un homme et de ne pouvoir souffrir à la place de celle qu'il aime et de ne pouvoir pas contribuer davantage à la mise au monde de leur enfant.

Je pense que cette intimité extrême de la mère avec l'enfant encore à naître, qui écarte le père, rend au père un service que tous les pères ne sont pas à même de reconnaître et d'apprécier: le père expérimente dès avant la naissance que son enfant ne lui appartient pas, et que la vie, qu'il a pourtant contribué à concevoir au même titre que sa femme, lui échappe dès sa conception, et ne cessera de lui échapper. C'est lui qui recevra l'enfant au sortir de la matrice, mais il sera tout fait, le père n'aura rien à lui apporter de plus. Heureux sera-t-il si la fidélité de sa femme lui est acquise, et si aucun doute ne l'effleure jamais sur sa propre contribution à cette jeune vie qu'il berce amoureusement dans ses bras.

La mère ayant fait beaucoup plus, risque de souffrir davantage du long processus qui la détachera inexorablement de ce qu'elle croit par expérience la chair de sa chair, et qui est une autre personne, distincte, appelée à une autonomie totale.

Le père possède neuf mois d'avance sur elle, il sait depuis le premier instant que l'enfant ne lui appartient pas, il le sait aussi par expérience, une expérience obscure, douloureuse, d'inutilité et de marginalisation.

Il devra couper le cordon ombilical, aider sa femme à sevrer l'enfant, pour que l'enfant puisse sortir peu à peu de la matrice familiale. Plus que d'actes de sa part, l'enfant aura besoin de sa présence; plus que d'indications, il aura besoin de son silence attentif et attendri, de son approbation discrète. Les nouveaux pères ne ressemblent pas à leurs propres pères, non pas parce qu'ils partagent davantage qu'eux les tâches précédemment réservées aux mères, mais parce que leur paternité se fait moins macho, moins caricaturalement virile.

C'est l'amour mutuel des époux et leur amour paternel et maternel qui donnent des points de repère à l'enfant, et lui apprend à distinguer ce qui doit l'être. S'ils manquent, la personne ne devient pas adulte et ne sera pas capable d'aimer.

La paternité et la maternité font toutes les deux tôt ou tard l'expérience de la distinction d'avec l'enfant, et mieux vaut tard que jamais. Mais aussi bien le père que la mère, comme Georges et Anne, peuvent désirer, vouloir, concevoir un être déjà autonome, déjà indépendant d'eux, que leur amour appelle à une vie qui déjà ne leur appartient plus, car ce sont eux qui lui appartiennent, responsables qu'ils sont de lui donner toutes ses chances de devenir un être humain à part entière.

A supposer que l'enfant ne soit que le pur produit de la rencontre casuelle d'un ovule et d'un spermatozoïde, il n'en serait pas moins appelé à être une personne, puisque les hommes sont doués d'une individualité propre qui trouve son centre dans une conscience bien définie et incontournable.

Je crois que le bon sens peut amener un couple à se comporter comme Anne et Georges. J'ai rencontré de tels couples qui ne se définissent pas comme religieux. Mais j'ai la foi, et je m'adresse ici à des croyants: qu'eux au moins tirent les conséquences de la foi qu'ils professent! Si nous croyons que Dieu est le véritable créateur de la vie et qu'il est présent mystérieusement au départ de chaque vie humaine, osons dire que l'enfant n'appartient à personne, ni à la mère, ni au père, ni même aux parents solidairement, mais qu'il est conçu libre, d'une liberté dont Dieu lui-même se porte garant.

Osons dire que la pratique humaine de la sexualité diffère de celle des autres mammifères supérieurs, et pas seulement par des détails, au demeurant fort significatifs quant à l'originalité de notre espèce, mais qu'elle diffère quant à son objet.

Il ne s'agit pas tant pour les hommes et les femmes qui s'aiment d'assurer l'avenir de l'humanité, que de collaborer avec Dieu à la création d'une personne nouvelle, radicalement libre. Il s'agit non pas de réaliser seulement le désir naturel de prolonger notre propre vie dans celle de notre enfant, mais de permettre à Dieu de réaliser un rêve vieux comme l'éternité.

Cet enfant qui est le nôtre, est avant tout une idée créatrice, unique et irremplaçable, que nous permettons à Dieu d'actualiser. Et l'instant de l'orgasme qui fusionne deux êtres, peut devenir, s'ils le décident d'un commun accord, un moment d'éternité; un contact du monde le plus charnel qui soit avec le plus spirituel, du plus instinctivement pulsionnel avec le plus lucide et le plus libre.

Alors ne parlons plus de péché mais de vertu, ne parlons plus d'interdits mais de liberté supérieure!

EGALITE

L'amour dans un couple suppose une égalité authentique, c'est-à-dire la reconnaissance et la mise en valeur de la différence. Un amour qui s'adresse à son semblable, à son miroir, n'est pas amour mais narcissisme, amour propre. Il ne peut en aucune manière produire une nouveauté. Il est vieux avant d'exister. Il est stérile. En fait il est destructeur, car un semblable ne peut être qu'un concurrent et à la limite doit être éliminé.

Pour qu'il puisse y avoir amour réciproque - et si l'amour n'est pas réciproque, l'amour existe-t-il? - il doit y avoir supériorité et infériorité des deux côtés. Alors l'amour est libre, alors l'amour est amour.

Le christianisme est la révélation que Dieu lui-même est diversité, relations multiples, amour, parce qu'il n'est pas seulement unique mais aussi Trinité. C'est le mystère central de notre foi, mais c'en est aussi l'affirmation la plus éclatante, la plus lumineuse, la plus féconde.

L'amour est échange, ce qui implique qu'autrui a en propre quelque chose à me donner, et que j'ai une richesse exclusive à partager avec lui. Et quelle gratification n'éprouve-t-on pas à savoir que l'on est un cadeau pour l'autre? Un cadeau gratuit, un cadeau qu'on ne peut jamais prendre, qui n'est jamais dû, mais qui peut toujours se donner.

Se 'perdre' dans l'étreinte de l'autre est une aliénation car être - même mutuellement - l'objet du plaisir d'un partenaire n'est pas ce à quoi aspire une personne. Désirer l'autre n'est pas, même si pour l'obtenir il faut se donner, n'est pas suffisant à combler le besoin de respect, d'indépendance, de don gratuit qu'éprouve une personne, et qu'elle cherche dans la relation avec une autre.

L'amour de deux êtres exige la certitude qu'à l'union des corps corresponde un oui dit l'un à l'autre. Un oui plénier et exclusif puisque l'union est plénière et exclusive, un oui qui engage toute la personne puisque toute la personne est engagée.

Le oui qui fonde un couple suppose d'être capable de nombreux non. L'adulte est celui qui se sent assez fort pour prononcer des oui sincères, durables, sans restriction. De tels oui s'enracinent dans des non tout aussi sincères, durables et sans restriction.

Il est des moments et des circonstances où il faut savoir dire non: s'interdire tel acte ou telle pensée, couper court à tel sentiment, refuser telle avance.

Nous ne devons rien à personne et n'avons aucun droit sur autrui, mais nous pouvons nous donner en toute liberté, gratuitement, et si l'autre se donne aussi, c'est l'amour réciproque qui procure la véritable et seule jouissance à laquelle des êtres libres puissent aspirer. L'orgasme devient extase, toujours nouvelle, jamais répétée, découverte de chacun et non copie des techniques érotiques des autres. L'amour pouvant se renouveler chaque jour, le langage du corps qui en est l'expression peut être toujours neuf. Le don mutuel devient gratitude mutuelle, joie aussi spirituelle que corporelle. Jésus nous commande d'être heureux!

IDEALISTE, ET FIER DE L'ETRE.

On m'objectera avec raison que je parle en idéaliste, et que la réalité est bien loin de ces rêves paradisiaques. Je ne m'en cache pas, nous nageons en plein idéal, nous parlons en termes d'épanouissement intégral des personnes, de bonheur extrême, de vie limite! C'est - excusez du peu! - que nous croyons en l'homme, en son destin, en sa grandeur! Est-il si fou de préférer le mieux pour l'homme, et de le dire?

Pourtant cela suppose que cet idéal ne soit pas exigé comme une obligation contraignante, et toute distance entre nos actes et cet idéal, montrée du doigt comme une abomination. Rien n'est plus décourageant que de contempler le bien, et de s'en juger incapable ou indigne.

Je crois par contre extrêmement stimulant de sentir palpiter en soi le 'désir' du bien, de le reconnaître comme sincère et réel, de le découvrir comme ce qu'il y a de plus vrai en nous, et de noter les premiers pas qui nous en approchent.

L'enseignement moral - et spécialement la morale sexuelle - est trop souvent donné et reçu d'une manière pessimiste, 'démoralisante', et profondément - laissez-moi le dire - anti-évangélique, s'il est vrai que Jésus est venu pour les malades et les pécheurs, et non pour les bien-portants et les bien-pensants.

Tendre vers un idéal, ne suppose pas qu'on y soit déjà parvenu. Cela exige de notre part un grand désir de mûrir dans tous les compartiments de notre personne, et une patience infatigable avec nous-mêmes. Si nous voulons aller loin sur le chemin qui conduit à notre réalisation croissante, nous devrons user avec nous-mêmes d'une miséricorde infinie pour qu'après chaque chute nous soyons capables de nous relever et de repartir, sans nous décourager au premier obstacle, à la première infidélité à notre idéal, au premier reniement de nous-mêmes.

Mais ce que j'affirme ici a une exception qui malheureusement n'est pas loin d'être la règle: Qu'en est-il de ceux à qui une famille heureuse a fait défaut dans leur enfance ou dans leur adolescence, de ceux à qui ont manqués le père ou la mère? De ceux qui peuvent avoir le désir brûlant d'un tel idéal et en même temps l'intime conscience qu'il leur est inaccessible? Les handicapés du cœur et du sexe qui ne peuvent effectivement pas atteindre une maturité humaine suffisante pour vivre comme ils le voudraient?

Ils faudrait qu'ils puissent se convaincre que rien n'est jamais totalement perdu, mais qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions.

Si un jeune homme ou une jeune fille n'a pas eu des parents qui s'aimaient, que l'intervention indispensable d'un père lui a manqué, il n'est jamais trop tard pour 'adopter' une famille d'élection ou un 'père' de remplacement qui joueront ces rôles. Selon la gravité du manque et la profondeur de la blessure qu'il a entraînée dans la personnalité, celui qui peut utilement faire office de père sera un simple adulte de l'entourage ou bien carrément un psychologue professionnel. Ne lésinons pas sur les moyens, l'enjeu est trop grand! Et, pour des raisons évidentes, le plus tôt sera le mieux.

NOUS SOMMES UN CORPS

Avant tout nous devons en finir avec une vieille mentalité dualiste qui oppose le corps à l'esprit et qui aboutit à nier le corps, cause prétendue de tous nos déboires dans notre quête d'absolu et de perfection.

Blaise Pascal a fait une fois pour toutes le procès de cette attitude dans une phrase devenue proverbiale: 'Qui fait l'ange, fait la bête.'

Non, nous ne sommes pas de purs esprits, mais nous sommes un corps qui, par l'esprit qui l'anime, est capable d'aimer. Ce sont en effet nos sens qui nous mettent en relation avec les autres nous permettant d'exprimer nos sentiments, notre tendresse, notre respect, notre encouragement, notre compassion.

Faire l'amour, lorsque les deux amants sont comme Georges et Anne de véritables amis, est l'expression la plus complète de la relation entre deux êtres. C'est l'union de deux corps où se vérifient le plus parfaitement possible - dans l'espace-temps, car le conseil évangélique de chasteté parfaite relève de l'éternité- la fidélité, le don total et mutuel, l'ouverture à la vie.

Les joies les plus raffinées et les plus sublimes, les plus 'spirituelles' sont vécues quelque part dans notre corps, jusqu'aux idées et aux sentiments qui doivent passer par la médiation du cerveau pour se transformer en paroles et en actes pour nous être intelligibles.

J'ai dit que nous sommes un corps et non que nous avons un corps comme cela serait plus habituel, pour bien souligner que notre corps ne nous appartient pas, nous ne pouvons pas le traiter comme un objet, le maltraiter, l'entraîner dans des expériences dégradantes ou dangereuses pour sa vie.

Il ne suffit pas que notre corps soit en bonne santé, il ne suffit pas de satisfaire ses besoins essentiels, encore faut-il qu'il soit beau(!), puisque l'homme a le sens esthétique qui s'est développé en lui comme une valeur personnelle et sociale. Je ne veux pas dire que nous devons nous conformer aux canons de beauté des séries télévisées, mais je parle de la mise en valeur de ce que nous sommes réellement, car chacun, même ceux qui, à leurs propres yeux sont les plus disgracieux, possède je ne sais quoi de beau qu'il lui faut découvrir et offrir aux autres.

Un soir, dans le Métro parisien, je me souviens avoir été écrasé par la laideur qui m'environnait de toute part. Elle était faite de fatigue, de pauvreté, de bassesse, de perversion. A un moment donné, je me suis rappelé que tous ces êtres que je jugeais en esthète, étaient des êtres humains qui avaient droit à mon respect et à ma compassion. Je me mis à les regarder l'un après l'autre en cherchant à déceler en chacun ce qui était beau et dont je pouvais me réjouir pour lui. Vous me croirez si vous voulez, mais si vous ne me croyez pas, faites vous-mêmes l'expérience, j'ai trouvé en tous sans exception un trait de beauté particulier, unique. Le Métro avait cessé d'être le ramassis des laideurs et des déchets de notre monde pour devenir le résumé de toutes ses beautés.

Etre bien dans notre peau, avoir le look qui nous convient, et d'une manière générale nous occuper de notre corps, entraînent des responsabilités inconnues de ceux qui nient leur corps, des risques de déviations qui sont à juste titre condamnés par notre conscience et par le sens moral commun. Mais nous retirer dans la pure spiritualité serait renoncer à être homme, et comme cela n'est évidemment pas possible, ce serait nous exposer à ne pas contrôler les forces que nous aurions refoulées et qui un jour ou l'autre finiraient par reprendre leur droit, mais d'une manière instinctive et brutale que Pascal appelle: faire la bête.

LA REDEMPTION DU SEXE

La sexualité n'est pas, comme un certain moralisme semblerait le croire, l'unique réalité humaine qui aurait miraculeusement échappé à la Rédemption. Certes, notre sexualité a besoin de Rédemption, comme toute notre nature, ni moins ni plus. Jésus qui est mort pour réconcilier la création tout entière avec elle-même et avec Dieu, est mort entre autres pour réconcilier notre sexualité avec elle-même et avec Dieu. La sexualité n'a pas été égarée sur le chemin de la Croix.

La Rédemption de l'humanité n'en fait pas tout à coup un chœur d'anges asexués, mais des hommes et des femmes appelés à reconnaître dans leur sexualité, comme dans toutes leurs autres facultés, la marque vivifiante de l'amour de Dieu, et à orienter leur sexualité, comme toutes leurs autres facultés, vers le meilleur d'elle-même. Le sexe, trop souvent identifié au mal et au péché, est appelé lui aussi à la 'sainteté'.

Si nous voulons sincèrement devenir nous-mêmes, nous serons d'accord pour faire évoluer notre sexualité comme le reste de notre personne. Pourquoi notre sexualité devrait-elle rester figée dans la pseudo-chasteté de l'enfance ou dans la pseudo-luxure de l'adolescence? Laissons-la devenir adulte, en traversant pour le mieux les troubles et les ambiguïtés, les fantasmes, les imperfections et les désordres, parfois peut-être inévitables. Laissons-nous progressivement humaniser par celui qui nous appelle à nous-mêmes.

Un malentendu complique singulièrement les choses. Il semblerait que l'enfant soit chaste, et qu'avec l'adolescence, il perde son innocence originelle par des pensées perverses et des pratiques honteuses, d'ailleurs grevées d'une culpabilité extrême. Mais est-ce bien ainsi?

Pour comprendre ce qu'est la chasteté, il est éclairant de savoir quel est son contraire: l'in-ceste, non pas dans le sens extrême de la perversion sexuelle à laquelle ce nom est donné, mais comme relation fusionnelle, et c'est précisément le point de départ obligé de toute vie.

Par la force des choses, l'enfant commence par une relation de dépendance complète (fusionnelle) avec ses parents, et toute sa croissance sera marquée par les étapes de son indépendance progressive, en ce sens il part de l'inceste (fusion), pour arriver à la chasteté (unité dans la distinction). C'est l'âge que l'on dit injustement 'ingrat' ou 'bête', le temps d'une métamorphose douloureuse car le jeune doit s'interdire, pour être fidèle à ce qui se passe en lui, les attendrissements, les consolations, les aides qui faisaient la joie de l'enfance, et qui seraient maintenant une coupable régression.

Il est seul avec lui-même et il est une énigme pour lui-même. Il ne peut pas revenir à ses parents, tant qu'ils n'auront pas compris son besoin vital d'autonomie.

Vers qui aller pour se comprendre mieux? Comment combler ce vide, cette solitude? Les initiations et les initiateurs ne manquent pas, mais ne sont pas forcément les plus éclairés et les plus innocentes.

Malgré la popularisation des découvertes de la psychanalyse, trop de personnes confondent encore la chasteté avec un capital initial dont les êtres disposeraient à leur naissance et qui pourrait être dilapidé ou bien conservé jalousement: c'est un non- sens. Disons brutalement que dans la société permissive qui est la nôtre, une telle conception équivaut à réduire les chastes à un nombre exigu de surprotégés dont la chasteté n'est peut-être pas vertu mais l'inquiétant résultat d'une éducation castratrice. La vérité est que la chasteté n'est pas ce triste refus d'assumer sa sexualité, mais l'épanouissement de la maturité sexuelle et affective. La chasteté n'est pas un capital initial mais une conquête.

L'INTERDIT DE L'INCESTE

Comment l'enfant pourrait-il entretenir avec ses parents des relations chastes, de gratuité et de liberté, lui qui dépend d'eux en tout? Chacun de ses actes est commandé par le besoin, par la survie qui est toute liée à leur bon vouloir, à leur bon plaisir. Alors quand on lui caresse la commissure des lèvres, il fait risette, l'adorable bambin qui cherche avidement le téton maternel! Et plus tard il attendra sur son petit pot de pouvoir s'écrier glorieusement qu'il a fait son caca, comme cela réjouit tant ses chers parents.

Je ne vois rien de mal ni à la risette, ni au caca! Bien au contraire, par ces expériences fondamentales, l'enfant fait l'apprentissage de la vie, et donc de l'autonomie, que la joie des parents encourage. Il en sera de même lorsqu'il apprendra à marcher et à parler. Ce que je veux dire, c'est qu'entre les oui calculés et incestueux de l'enfant, et ceux de l'adulte, responsables et généreux, la marge est grande. Il doit donc y avoir apprentissage au oui et au non. La chasteté requiert cet apprentissage qui ne sera jamais achevé, tant il est vrai que l'amour peut grandir et s'affiner au long de la vie d'un couple.

Un jour, le jeune adolescent repousse les caresses de sa mère qui souvent perçoit ce refus comme une ingratitude et en souffre intensément. C'est pourtant ce non qui donne toute leur valeur aux marques d'affection que le jeune homme lui témoignera dorénavant, car elles ne seront plus dictées par la nécessité, mais par la gratitude, l'amour chaste et reconnaissant.

Ce non fait écho à celui du père qui autrefois, et par sa simple existence, a nettement marqué la distance entre sa femme et leur enfant. Le père a dit: 'Non aujourd'hui et dans ces conditions. Non à l'inceste, oui au mariage adulte. En te disant non, je t'ouvre 'ton' avenir. Ta mère ne peut être pour toi que le passé. Si tu ne t'en détaches pas, tu ne vivras jamais ta propre vie.'

C'est l'interdit de l'inceste, caractéristique de l'espèce humaine, qui fonde l'individualité. Il est garant de la personne dans ses relations avec les autres membres de la communauté en affirmant que l'individu n'est pas subordonné au groupe et à sa survie. Il est aussi le gage de la croyance en une histoire, en un déroulement du temps sanctionné par la succession de générations bien distinctes. Il prouve que le déterminisme de la survie par la procréation est maîtrisé et géré selon des modalités originales où la conscience et la liberté individuelle prennent le pas sur l'instinct de conservation.

DEBUT DE LA CHASTETE

Le jeune éprouve des sentiments inédits, des désirs inavoués qu'il intègre mal, car ils correspondent à une métamorphose physique qui ne va pas non plus sans trouble. Souvent une curiosité compréhensible, ou les incitations moins innocentes de ses camarades, l'entraînent à des actes mystérieux mais strictement interdits, parce que 'impurs'.

Voici son capital de pureté dilapidé, profané, pense-t-il. A ses propres yeux, aux yeux de ses proches et, pire, au regard de Dieu, il a commis l'irréparable et a perdu son innocence. Il porte parfois très longtemps ce fardeau, jusqu'à ce qu'il se fasse à l'idée qu'après tout, son corps lui appartient, et que la sexualité est chose naturelle, et qu'avec le sens du mal il perde aussi le sens du bien.

Et pourquoi ne pas dire la vérité? Que la conscience d'une faute, loin de mener à la damnation, conduit à la sainteté. Ses expériences, en elles-mêmes peut-être malheureuses, lui donnent la mesure de certains 'non' nécessaires pour construire sa pureté d'adulte. Il a désormais l'occasion de mûrir dans sa sexualité en maîtrisant ses pulsions.

L'insécurité affective où se débattent les jeunes, les porte à se réfugier dans les bras d'une mère de remplacement dont fait volontiers office un jeune de l'autre sexe soumis à la même frustration.

Le libéralisme sexuel qui a remplacé la pruderie extrême d'une autre époque, rend probable la transformation de la tendresse recherchée entre ces deux jeunes corps en pleine explosion de la féminité et de la virilité, en une union plus complète qu'ils ne l'avaient imaginée et sincèrement voulue.

S'agit-il de prostitution mutuelle? Honnêtement, j'en doute. Ces deux jeunes gens sont-ils désormais condamnés à la débauche perpétuelle ou au mariage prématuré? Je ne le crois pas. Dans des conditions qui ne sont sans doute pas les meilleures, mais qui sont celles de notre société, ils commencent l'apprentissage de la chasteté.

S'ils ont le courage d'assumer lucidement leurs actes, ils comprendront peu à peu que l'amour adulte est bien autre chose que simplement coucher ensemble, et s'ils s'aiment vraiment, ils sentiront le besoin non d'être davantage collés l'un à l'autre, mais de se donner de l'air, de se donner du champ, de se permettre mutuellement de se développer dans toutes ses possibilités, dans sa vocation propre.

Ils grandiront dans le respect de la personne de l'autre, de son corps aussi, devenant toujours plus distincts dans leur unité croissante.

Le besoin de caresses, de protection, de chaleur pousse les jeunes gens à se materner mutuellement, mais comme ils ne sont plus des enfants et que leurs corps sont ceux d'adultes, les caresses prennent facilement la tournure illusoire de l'amour adulte qui est l'alibi faussement 'naturel' d'une régression infantile.

La relation naturelle entre un homme et une femme est l'attirance sexuelle, et les jeunes gens qui sont déjà des hommes et des femmes se cherchent et se trouvent donc naturellement.

Mais, s'ils sont mûrs sexuellement entre onze et quinze ans, le type de société où nous vivons est devenu si complexe que pour y être autonomes et donc pouvoir engendrer une nouvelle génération, il leur faut encore attendre une bonne dizaine d'années.

Ce qui était naturel autrefois, alors que la maturité physique coïncidait approximativement avec la maturité sociale, est devenu prématuré aujourd'hui. Que faire de ces dix ans qui séparent le moment où l'on pourrait physiquement procréer de celui où l'on envisage sérieusement de le faire?

Une mentalité généralisée se fonde sur l'idée de la nature, pour encourager une vie génitale précoce, stérilisée par la contraception et l'avortement. Est-ce humain, quoique 'naturel'?

Si la relation entre les êtres peut atteindre les richesses de l'amitié, faut-il s'en priver en retournant aux relations caressantes et sécurisantes de la dépendance maternelle vécue en couple, où, tour à tour et simultanément, chacun materne son partenaire dans le simulacre de l'amour?

Si le couple vraiment uni et harmonieux est celui qui atteint l'amitié, ne vaudrait-il pas mieux, pendant ces dix années, en attendant de former un couple stable, lier le maximum d'amitiés?

Pour se construire, la personne doit entrer en relation. L'homme n'est homme que s'il est social. Les amitiés qui permettent dans les meilleures conditions, la confrontation, l'échange, la communion, renforcent le caractère, affinent la sensibilité et assurent le jugement. Nous en priver serait une sorte de suicide de l'adulte en nous.

LE MONDE EN FACE

Une culpabilisation maniaque de tout ce qui touche à la sexualité provoque naturellement une réaction de permissivité et de laxisme tout aussi maniaque, quoique parfaitement compréhensible, qui écarte 'a priori' les questions qui naissent dans la jeune conscience, et empêche la conscience de se développer d'une façon équilibrée en intégrant harmonieusement la sexualité dans son échelle de valeurs.

Ainsi la moralité sexuelle (la pudeur et la pudicité) est-elle hypertrophiée chez les uns, entraînant des excès de pruderie et de puritanisme, atrophiée chez les autres, qui sont tentés de se livrer sans discernement à une sexualité débridée. Il arrive aussi que la même personne passe alternativement d'un état à l'autre, finisse par se lasser de ces tensions intérieures, et choisisse ce que la nature semble proposer comme une évidence plutôt que ce qu'elle craint que la morale ne veuille lui imposer.

Je commence à penser sérieusement que de nombreux jeunes aujourd'hui perdent la foi, comme on dit, pour des raisons sexuelles. La raison, c'est qu'ils se refusent à porter encore le poids d'une culpabilité extrême jugée sans fondement dans leur for intérieur. Et cela se comprend, vu qu'à leurs yeux elle est dépourvue d'explication cohérente. Ce faisant, ils évitent peut- être la névrose - et c'est tant mieux! - mais la blessure qui les déchire au plus profond d'eux-mêmes n'est pas près de se cicatriser.

Quel gâchis! Et nous les avons menés à cette extrémité, aveuglément, au nom de la morale, au nom de l'Evangile! Que les jeunes nous pardonnent de les avoir écrasés sous des fardeaux que nous-mêmes ne touchions pas du petit doigt! Car enfin tant a changé en l'espace de quelques décennies, que ce qui pouvait convenir autrefois comme éducation à la vie a perdu tout contact avec la réalité.

Regardons en face dans quel monde vivent les jeunes pour qui Jésus prie le Père, non de les en sortir, mais de les y préserver du Mal.

Si tant de camarades de classe en fin d'études secondaires, ont déjà des rapports sexuels, si la quasi totalité des garçons et une bonne proportion des filles pratiquent la masturbation, si le mariage leur fait peur, si la fidélité pour toute une vie à un seul partenaire leur paraît hors de portée, les jeunes en sont-ils responsables ou le monde qui les entoure, dont nous sommes responsables?

PARFAIT, CELIBATAIRE ET DIEU

La table est rase, tout est à construire. Les jeunes n'ont rien à perdre, l'avenir leur appartient. Un bonheur est à inventer. C'est comme si aujourd'hui Jésus était à nouveau là, dans la rue, marchant à leurs côtés; dans la cour du collège, jouant et discutant; dans la classe, étudiant; dans les allées du parc où ils font leur jogging, courant à leur pas; il est dans l'atelier, travaillant aux mêmes machines; il est dans la discothèque, dansant avec eux, aux rythmes qu'ils aiment. Il souffre et se réjouit de leurs joies et de leurs peines; leur solitude est la sienne; leurs doutes sont les siens, leur désarroi, leurs rébellions.

Mais que peut-il savoir de notre sexualité, que sait-il de la famille, lui qui était parfait, célibataire et Dieu?

N'oublions pas qu'il est homme, vrai homme. C'est ce qui est le plus paradoxal dans notre foi chrétienne. Vrai homme. Pensez: pas un ange, un homme. Même pas un homme descendu du ciel tout fait, prêt-à-parler des flots de sagesse, prêt-à-guérir les malades treize à la douzaine, prêt-à-bénir des deux mains.

C'est d'abord un enfant qui naît, un bébé aveugle et assoiffé qui crie, puis un adolescent qui manifeste très tôt son autonomie, ensuite un jeune homme qui, certes, gère sa sexualité et toute sa nature humaine dans la perfection, mais cela n'enlève rien à ce qu'il peut nous dire sur la vie humaine. Bien au contraire: sa perfection garantit que tout ce qu'il nous dit est un appel au meilleur de nous-mêmes.

Et que nous dit-il? Il parle d'amour, seulement d'amour. Quand on est jeune, et que les sentiments s'épanouissent, il est bon d'entendre parler d'amour, et de quel amour!

L'amour chaste, l'amour qui n'aliène pas mais qui rend libre; qui ne jalouse pas mais qui fait confiance; un amour responsable qui veut le bien d'autrui avant son propre bien.

N'est-ce pas l'amour dont nous voudrions tous être aimés, celui dont nous voudrions aimer? Et qui nous en empêche? Tout l'Evangile nous en indique les nuances, les moyens, le prix.

LA SAINTE FAMILLE

Permettez-moi d'évoquer maintenant un sujet que je sais controversé et qui peut paraître hors de propos ou anachronique. La tradition de l'Eglise nous transmet une réalité qui à mon avis, peut éclairer sous un autre angle le thème abordé jusqu'ici: la plénitude et la complexité des relations humaines.

L'Evangile de l'enfance nous dit quelque chose de la famille, la famille de Jésus, la sainte famille. Comme Georges et Anne, les deux parents savent dès le premier instant que leur enfant ne leur appartient pas, qu'il est de Dieu, né de Dieu, appelé à une vie qui leur échappe dès avant d'avoir été mise au monde. Pourtant ce couple qui expérimente au suprême degré la distinction, est un couple pleinement uni et heureux.

Rien ne différencie Marie et Joseph des autres couples du village. Si quelque chose dans leur comportement avait pu prêter à médisances, elles ne leur auraient pas été épargnées: tant soit peu de froideur, de distance, de contrainte, d'excessive piété. Non rien de cela, mais une unité et un bonheur sans faille.

Lorsque Jésus commence sa prédication et fait ses premiers miracles, ses concitoyens n'en croient pas leurs yeux et disent entre eux: 'Nous le connaissons, c'est le fils de Joseph, le charpentier.' Il faut donc que la vie de cette famille n'ait rien présenté d'anormal, sinon les bonnes âmes auraient dit: 'Je m'en doutais, j'avais toujours été intrigué par les manières étranges de ces gens-là. D'ailleurs des bruits avaient couru à l'époque de la naissance de Jésus, vous vous souvenez...'

La vocation si particulière des trois membres de cette famille est passée complètement inaperçue. Personne ne s'est douté de rien. Rien dans la vie de cette famille ne tapait dans l'œil. Ils n'étaient pas religieux d'une façon ostentatoire. Ils n'avaient pas une morale puritaine ou laxiste. Ils ne vivaient pas en marge de leurs concitoyens, mais n'étaient pas non plus des leaders du village.

Ses parents n'avaient pas interdit à Jésus la fréquentation des enfants et des jeunes de Nazareth. Ce n'était pas une famille fortunée, mais elle n'était pas non plus dans la misère, d'ailleurs Joseph, sans avoir une situation prestigieuse était un artisan établi à son compte, et il avait bien entendu enseigné son métier à son fils. Tous les membres de cette famille se conformaient simplement aux coutumes traditionnelles, participaient sans se faire prier aux fêtes villageoises où l'on peut imaginer que si Jésus tenait de son lointain ancêtre David, il devait danser et chanter agréablement.

Une vraie famille pour Jésus, où le père n'avait pas manqué, sans quoi Freud nous en aurait rebattu les oreilles. Une famille d'apparence si normale que la vocation de chacun avait pu s'épanouir discrètement sous le regard de Dieu. Famille surnaturelle, dont tous les membres étaient consacrés à Dieu et impliqués d'une façon toute particulière dans la réalisation du plan de Dieu sur l'humanité.

Chacun était vierge, c'est-à-dire autonome, responsable, capable d'écouter la voix de Dieu et de la mettre en pratique. Chacun pouvant tour à tour être celui à qui Dieu parlait selon le cas, selon le type de responsabilité à prendre.

Marie avait assumé seule la conception miraculeuse de Jésus, laissant Joseph se débrouiller avec Dieu et prendre ses propres responsabilités. Mais quand la menace d'un massacre planait sur l'enfant, ce fut Joseph, socialement chef de famille, qui fut averti en songe, et prit en pleine nuit la décision de partir et de se réfugier à l'étranger. Signe d'une humanité complète, aussi bien chez Marie que chez Joseph, et témoignage indirect de leur virginité.

Quant à Jésus, nous savons comment, à douze ans, il montre clairement son indépendance et son rapport avec le Père.

Comme couple, Marie et Joseph vivent, dans une relation virginale, une sexualité épanouie, et comme parents, conscients de la totale indépendance de leur fils, ils exercent une paternité et une maternité éminemment responsables.

Joseph est aimé par Marie, mais Marie n'est pas à proprement parler 'amoureuse' de Joseph. Elle est amoureuse de Dieu seul, mais elle aime Joseph comme elle-même, de tout son cœur, de toutes ses forces et de toute son intelligence. Aucun fiancé, aucun époux n'a certainement été aimé davantage, ni mieux que Joseph. Jésus est fils pour Marie et pour Joseph, et les traite en père et mère plus et mieux qu'aucun enfant au monde n'a traité ses parents. Jésus est incomparablement le fils de Joseph, même si Joseph n'est pas son père. Mais ne l'est il pas après tout? Non pas certes comme géniteur, mais comme tous les pères qui, tel Chris, vivent une paternité faite de contemplation, de compassion, d'accueil, de présence discrète et silencieuse. Peut-être devrions-nous repenser complètement l'image que nous avons de Joseph et notre image de la paternité pour saisir à quel point il est le père de Jésus, le fils de l'homme, sans qui Jésus n'aurait pas pu être un homme accompli.

Jésus comme Dieu est le créateur de Marie et de Joseph, il leur donne la vie. Par contre Marie et Joseph sont authentiquement les parents de Jésus. Joseph et Marie sont tous les deux vierges, mais ils sont de véritables époux. De telles contradictions sont difficiles à comprendre sauf si l'on pense qu'ils vivent simplement, mais à la perfection, ce que j'appelle l'amitié. L'amitié dans ce sens est, au-delà de l'amour, ce à quoi tendent aussi bien l'amitié que l'amour. A eux trois ils vivent toutes les relations humaines possibles.

Deux époux épris d'absolu peuvent sincèrement désirer vivre ainsi et tendre à un tel idéal de couple et de famille. Ils le feront dans la mesure de leurs forces et sans se cacher leurs limites. Leur sexualité sera toujours plus riche et harmonieuse, toujours plus éloignée de la misère sexuelle où se débattent tant de couples. Les relations parents-enfants seront respectueuses et franches, amicales et confiantes.

En voyant vivre certains couples, je me persuade que la sainte famille n'est pas une famille à part, étrange, presque inconvenante, mais bien le modèle parfait de toute famille humaine.

DIEU EST FAMILLE

Je conclurai ces quelques réflexions par une dernière idée. Jésus exprime quelque chose de plus profond encore au sujet de la famille, lorsqu'il nous apprend à prier Dieu comme un père. Un père qu'il décrit dans la parabole du fils prodigue avec les traits caractéristiques autant d'une mère que d'un père, car il ne faut évidemment pas projeter sur Dieu le partage des rôles lié à la sexualité humaine. Il nous révèle ainsi que Dieu lui-même est 'famille', et par là, il nous indique la mission sacrée de la famille à laquelle un sacrement précisément sera lié: donner aux hommes une fidèle image de Dieu.

Je me rends bien compte en écrivant ces mots que les jeunes qui n'ont pas eu une vie familiale heureuse, auront du mal à comprendre Dieu comme famille, avant d'avoir constitué eux-mêmes - espérons-le!- une vraie famille, et ceux qui n'ont pas connu un père ou une mère dignes de ces noms - et ils sont nombreux dans notre société qui a assisté à une sorte de disparition du père et par la même occasion de la mère, car l'un ne s'en va pas sans l'autre - ceux-là ne comprendront jamais le Dieu du 'Notre père', avant d'avoir eux-mêmes connu la paternité ou la maternité.

Une telle considération va loin, car dans ces conditions, est-il encore possible de comprendre Dieu, le Dieu de Jésus-Christ? Ces pensées peuvent troubler profondément, mais la foi rend la lumière et la paix: le fait même que Dieu est 'père', garantit aux yeux de la foi que la paternité et la maternité humaines se retrouveront après cette crise.

Avec saint Paul nous affirmons que toute paternité (et toute maternité) sur la Terre viennent de Dieu, j'ajouterai que toute famille sur la Terre vient de Dieu-Famille, Dieu-Trinité, et que c'est Dieu lui-même qui nous garantit que nous retrouverons le sens de la famille.

Avant de mourir, Jésus demande au Père que nous puissions vivre entre nous la vie trinitaire: 'Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi.' En parlant de l'amitié, j'ai cherché à expliciter un peu ce qu'est cette vie trinitaire qui a trouvé sa perfection dans la sainte famille. En fait, la vie trinitaire intéresse tous les aspects de la vie humaine et les introduit dans une autre dimension. Elle ne le fait évidemment pas en bloc. Ce que j'appelle notre humanisation, et qui pourrait plus justement s'appeler notre christification, est graduelle et propre à chacun. Dieu ne travaille pas à la chaîne. L'important est de commencer à laisser christifier ce qui en nous est déjà prêt à cette maturation. Le reste viendra en son temps. La Rédemption atteindra, les uns après les autres, tous les compartiments de notre personne si nous n'y faisons pas obstacle. Nous verrons peu à peu se rapprocher nos actes de notre idéal.

Si une part de nous-mêmes est encore éloignée de sa perfection, encore mal réconciliée avec elle-même et avec Dieu, n'en soyons pas scandalisés: 'L'esprit est prompt, mais la chair est faible.' Notre divinisation se déploie dans le temps.

En particulier, si notre sexualité nous pose des problèmes, ne nous en préoccupons pas outre mesure. Vivons la vie trinitaire. Vivons le commandement de l'amour. La logique intime de l'Amour assainira notre amour.

Si nous doutons de l'existence de Dieu, la foi dans la vie, la foi dans l'amour, la foi dans la paternité et dans la maternité, seront le chemin qui nous mènera vers le plus pointu de la conscience de nous-mêmes, vers une paternité et une maternité que peut-être un jour nous pourrons nommer Dieu.

Mais si nous doutons de la vie, si nous doutons de la fidélité, si nous avons peur du mariage, de la paternité et de la maternité, c'est notre foi en Dieu qui nous mènera à l'amour, nous fera rencontrer l'âme sœur, nous encouragera à surmonter tous les obstacles psychologiques et autres, et finalement nous fera oser le bonheur.

Michel Pochet (Formazza, le 15 Août 1988)