Michel Pochet

BELAMOUR

dialogue inédit en français

(in italiano Bell'Amore)

 

"Il n'y a rien de plus réellement artistique que d'aimer les gens." Vincent Van Gogh

Prologue

Lorsque ce dialogue débutera je n 'aurai pas idée du tour qu'il prendra. Je n'aurai pas le temps de me préparer. En pénétrant dans la salle voûtée de cette ancienne abbaye norbertine, je vous rencontrerai pour la première fois et de découvrirai qui vous êtes trop tard pour m'habituer suffisamment à vous et pour changer le moins du monde le cours des idées et des mots. Vous aurez tous les âges et le plus jeune n 'aura pas sept ans. Que feriez-vous à ma place ? Moi j'ouvrirai la bouche et je parlerai, surpris moi-même des mots que mes lèvres laisseront échapper, d'abord comme à regret, comme un barrage aux vannes mal ajustées. Et la bouche parlera de l'abondance du cœur. et le dialogue se nouera et se dénouera au gré des idées tumultueuses, contradictoires, controversées - Laissez que le flot s'échappe, que les eaux se calment, que le filet d'eau claire coule de nouveau sur le limon apaisé, sans plus se troubler.

Bouillonnements des souvenirs mal définis, sentiments indéchiffrables. Amis qui parlez en moi et que j'écoute, écoutez-nous. Ne faites pas la sourde oreille. Réveillez l'eau qui dort. Je crierai sur les toits des mots que de n'ai encore murmurés à aucune oreille. Pourtant il ne s'agira pas d'une confession. J'ai horreur des confessions, vous aussi de l'espère! Mais pourrai-je taire indéfiniment ce qui parle en moi. Je l'ai pu longtemps, et, pour meubler le silence, confier à ma peinture quelques bribes inintelligibles. Mais pourquoi garderait-on jalousement un secret si l'on ne désirait pas qu'un jour ou l'autre il soit divulgué? Les mots les plus oubliés et les plus vidés afflueront, ceux que nul n'oserait plus avouer, parce qu'ils sont décriés, bafoués, prostitués. Laissez-moi les relever doucement. Que ce lui qui n'a jamais aimé, que celui qui n'a damais éprouvé aucun sentiment me jette la première pierre. Je remonterai le courant des mots jusqu'aux régions dont ils découlent. Silence d'où la parole naît, beauté en creux où se moule le monde. Mère du Bel Amour, je te révélerai à tes enfants sevrés d'amour et de beauté. Je vaincrai ma timidité. Je dirai ce que j'ai vu, ce que de sais, ce que de crois. Vous me suivrez dans mes outrances car vous accepterez que le paradoxe et la contradiction ne me fassent pas peur.

Le monde qui m'occupe et où je vous entraînerai aura une dimension de plus, et, vu avec les yeux de la terre, il présentera les mêmes paysages tour à tour rebutants et rieurs, froids et brûlants, doux et tranchants. Qu'importe, s'il existe, qu'il soit différentpuisqu'il est si beau?