Messo su l'arazzo, ci sedemmo di fronte, e restammo un'ora in silenzio. Eravamo trascesi da qualcosa che era pur nato dalle nostre mani. Scoprivamo la composizione. Non l'avevamo ancora mai vista. Per tre giorni i diciotto metri quadrati erano stati coperti di gente e di stracci. Non avevamo mai visto ciò che facevamo. Man mano che le forme generali trovavano il loro colore, esse ricoprivano i dettagli della composizione. Bisognava a ogni istante ricreare ciò che era proprio allora scomparso. Tutto era legato, senza alcuna simmetria, senza ripetizione. La relazione tra gli elementi provocava la meditazione che ogni dettaglio alimentava. E noi che avevamo creduto di seguire dei ragionamenti estetici, decifravamo i simboli che avevamo introdotti senza accorgercene. Le nostre decisioni formali acquistavano un senso che non avevamo immaginato, e che un pudore comprensibile avrebbe scartato se ne avessimo avuto coscienza. Gustavamo i frutti di una unità estetica totale. Essa aveva guidato il lavoro degli altri nel rispetto di un pensiero che si sviluppava. Eravamo stati d'accordo, non nella realizzazione precisa di un progetto preesistente, ma in una creazione continua, e questo accordo aveva preservato l'unità dell'opera, pur lasciando campo libero alla creatività di ciascuno. Avevo avuto la sensazione di non fare niente. Ero stato dall'uno all'altro, cercando un tessuto per l'uno, delle forbici per l'altro. Non avevo cucito un punto. Qualcun altro aveva ricamato la mia firma, ed io che lasciavo a tutti l'iniziativa, m'ero reso conto nondimeno che avevo, in un certo senso, tutto deciso e tutto eseguito.Questo arazzo era fino a quel giorno la mia opera più andata a buon fine, quella in cui il mio linguaggio s'era meglio fatto sentire. Con il suo accento più puro e con le sue sfumature più raffinate. E il discorso non apparteneva né agli altri né a me, non ne eravamo stati insieme che i profeti.
Michel Pochet (Belamour, pag 111)
La tapisserie dressée, nous nous assîmes en face, et nous demeurâmes une heure en silence. Nous étions dépassés par quelque chose qui pourtant était né de nos propres mains. Nous découvrions la composition. Nous ne l'avions encore jamais vue. Pendant trois jours les dix-huit mètres carrés avaient été couverts de gens et de chiffons. Nous n'avions jamais vu ce que nous faisions. Au fur et à mesure que les formes générales trouvaient leur couleur, elles recouvraient les détails de la composition. Il fallait à tout instant recréer ce qui venait de disparaître. Tout était 1ié, sans aucune symétrie, sans répétition. La relation entre les éléments provoquait la méditation que chaque détail alimentait. Et nous qui avions cru suivre des raisonnements esthétiques, nous déchiffrions les symboles que nous avions introduits sans nous en douter. Nos décisions formelles acquerraient un sens que nous n'avions pas imaginé, et qu'une pudeur compréhensible eut écarté si nous en avions eu conscience. Nous goûtions les fruits d'une unité esthétique totale. Elle avait guidé le travail des autres dans le respect d'une pensée qui se développait. Nous avions été d'accord, non pas dans la réalisation précise d'un projet préexistant, mais dans une création continuelle, et cet accord avait préservé l'unité de l'uvre, tout en laissant le champ libre à la créativité de chacun. J'avais eu la sensation de ne rien faire. J'avais été de l'un à l'autre, cherchant un tissu pour l'un, des ciseaux pour l'autre. Je n'avais pas cousu un point. Quelqu'un d'autre avait brodé ma signature, et moi qui laissais à tous l'initiative, je m'étais rendu compte pourtant que j'avais, en un certain sens, tout décidé et tout exécuté.
Cette tapisserie était jusqu'à ce jour mon uvre la plus aboutie, celle où mon langage s'était le mieux parlé. Avec son accent le plus pur et ses nuances les plus raffinées. Et le discours n'appartenait ni aux autres ni à moi, nous n'en avions été ensemble que les prophètes.
Michel Pochet (Belamour Dialogue dix)